Le crépuscule des idoles

Le crépuscule des idoles

« Les entreprises digitales sont des entreprises comme les autres »

 

70% des diagnostics des médecins se fondent sur des analyses dites médicales. Autant dire que si les laboratoires qui produisent ces analyses donnent de faux résultats ce sont les vies des patients qui sont en jeu.

 

Theranos était cette entreprise qui prétendait fournir au marché des machines de tests sanguins fiables, à partir d’une goutte de sang (ou deux ou trois) pris sur le bout de ses doigts.

 

Quelles sont les leçons que nous pouvons tirer de l’affaire Theranos cette Start up digitale qui a englouti plusieurs centaines de millions de dollars d’investissements qui auraient été mieux employés à payer directement les analyses de populations pauvres sous médicalisées. (7 milliards USD d’après nos chiffres)

 

Que l’on soit investisseur, banquier, ou simple citoyen plusieurs leçons méritent d’être soulignées.

 

J’ai lu et visionné des centaines de documents et films ou interviews de Mme Holmes la dirigeante afin de mieux comprendre et valider certaines hypothèses et opinions que nous avons souvent défendues dans les articles de notre blog.

 

Voilà les points qui méritent une attention particulière et que l’on retrouve assez souvent dans tous les scandales financiers qui ont émaillé notre planète sur les 10 dernières années. Période, malheureusement, riche dans ce domaine.

 

Ce sont des Milliards de Dollars qui ont été engloutis que n’avons pas pour les programmes contre la faim, pour la santé et l’éducation des plus démunis. Ou plus prosaïquement pour la préservation de notre planète.

 

Nous avons identifié 5 points d’attentions majeurs que nous présentons sans les classer par ordre d’importance que l’on rencontre à chaque fois.

 

1° Un goût du secret et un manque de transparence excessifs ou l’esprit des « contes de fées » à l’œuvre.

 

Préserver ses découvertes et protéger sa technologie sont une chose. Mais organiser une entreprise systématiquement en silos avec des clauses contractuelles très dures où le culte du secret et l’obligation de silence sont appliqués et mis en œuvre sous la contrainte et dans un univers de peur généralisée en est une autre.

 

Au sein de l’entreprise les affirmations officielles ; ce qu’il fallait penser étaient préférés à la réalité et aux faits. Ce phénomène se retrouve également dans les sectes où l’on voit des collectivités entières se couper de tout esprit de critique. Les choses n’ont pas besoin d’être vraies pour être crues.

 

Certains auditeurs travaillant pour des cabinets d’audits extérieurs depuis 2010 avaient alerté mais n’étaient pas écoutés. L’histoire était trop belle (changer le monde et la vie des patients) pour que la réalité trop cruelle puisse être écoutée.

 

Ma première remarque est que nous devons nous méfier de ce que nous croyons. En affaires ; il faut s’en tenir à des faits tangibles et prouvés. L’esprit pragmatique et « paysan » est de loin la meilleure protection face à une éducation où les trop belles histoires sont racontées dès le plus jeune âge. Ce que j’appelle l’esprit conte de fée.  Nous aimons confondre l’imaginaire et le réel. Si c’est utile dans une démarche artistique, poétique ou littéraire ça n’est pas nécessairement souhaitable dans le monde des affaires et de l’entreprise. Que cette entreprise soit digitale ou non.

 

2° La caution des figures d’autorité. Notre aveuglement culturel dans trop de confiance accordée à ceux qui savent.

 

Theranos comptait dans son tour de table tant d’investisseurs que dans son conseil d’administration pas moins de deux secrétaires d’état US très connus et plusieurs chefs d’entreprises où grandes fortunes du pays. Bref des gens dont, sans réfléchir, on pouvait affirmer que si c’est gens-là en sont c’est que l’affaire est de qualité.

 

Nous avons été éduqués dans le respect des figures d’autorité. Dans le culte de ceux qui sont diplômés, pourvus de titres, puissants, riches, et ont réussi. (Selon des critères subjectifs et extérieurs au demeurant).

 

Cette affaire a démontré que ces membres ne connaissaient rien ou peu de choses à ce qui se passait ; on parfois manqué d’esprit critique ou de suite dans les idées et se sont contentés d’explications générales.

 

Par contre ils ont involontairement donné une caution forte à ce qui s’est avéré n’être qu’un immense gâchis.

 

Ma deuxième remarque : ça n’est pas parce qu’on a réussi certaines choses que l’on réussit, tout, par principe. Je ne crois pas aux surhommes. Chaque nouveau projet est une nouvelle aventure. Nous devons exercer notre esprit critique et conserver notre autonomie de décision et de jugement ; ça n’est pas parce que c’est affirmé par une figure d’autorité que c’est vrai.

 

 

3° La communication dévoyée de sa nature profonde. Ou comment intégrer les codes de communications qui permettent de tromper son monde.

 

Le marketing est devenu la science de faire savoir au marché quels services on peut lui rendre ou quels produits on peut lui proposer.

 

La communication est devenue l’art et la science de faire savoir au monde son savoir-faire.

 

Est-ce qu’une parfaite maîtrise des codes de la communication et de la science du marketing au service d’une duperie fonctionnent-t-ils toujours ?

 

Oui.

 

Regardez cette image de celui que je prends pour un véritable génie. Steve Jobs qui a tout inventé en matière de communication et de storytelling. Sauf que lui a défendu une vision et vendait des ordinateurs et a inventé des produits avec Apple qui ont changé le monde. Mme Holmes avec une intelligence indéniable a copié ces codes (Steve Jobs était son modèle) au profit de…

Ma troisième remarque : la communication doit être au service de la vérité, des faits, du réel. Malheureusement cela fonctionne très bien également quand on met son art de la communication ou du marketing au service du vide.

Soyons tous collectivement méfiants vis-à-vis de la communication afin de s’attacher aux faits, à la réalité ; contrôlons ce qu’il y a derrière. A défaut nous serons toujours victimes de la forme brillante qui sert un dessein qui l’est moins.

 

Notre époque est trop sensible à la forme sur le fond.

 

 

Ce qui m’amène à mon quatrième point qui est lié.

 

 

4° Le charisme et la séduction les deux ennemis des organisations.

 

Madame Holmes avec sa voix qui donnait dans les graves, habillée en noir avec des cheveux blonds et des yeux bleus fascinait son auditoire.

 

Son élocution est absolument parfaite ; jamais un mot ou une expression décalée. Tout est parfait dans sa communication. Beaucoup de charisme et un charme indéniable. Et visiblement cela a suffi pendant de nombreuses années comme seule preuve des résultats de l’entreprise Theranos.

 

Or, comme nous l’avons souvent écrit dans nos articles une femme ou un homme seul ne peuvent rien. Nous devons nous méfier de la part de manipulation qui existe dans le charme. (cette remarque vaut pour le charme masculin et féminin). A ce niveau nous devons avoir conscience de nos biais cognitifs ; celui ou celle qui exerce son charme le fait mais cela ne signifie pas que nous devons y succomber par principe. A des leaders charismatiques je préfère des managers capables de travailler en équipe et capable de faire travailler les équipes.

 

On sait que les leaders charismatiques ont besoin de «followers» de suiveurs ; hors notre époque qui a tué tout esprit critique fabrique des followers à la chaîne.

 

Le digital n’aime -t-il pas les followers ?

 

Le charisme d’un Steve Jobs est acceptable car nous sommes en présence d’un génie qui a créé quelque chose à partir d’une vision. Le charisme sans le génie n’a aucun intérêt pour les entreprises et organisations.

 

Soyons réaliste et pragmatique.

 

Ma quatrième remarque : La fascination, l’attirance, le sentiment de sécurité éprouvé à suivre un leader etc. sont des sentiments humains. Le seul antidote est de toujours préférer la collectivité à l’individu. Toujours préférer les faits, la réalité, le concret aux idées générales et à la forme le fond.

 

5° Le digital est à la mode et induit par sa nature immatérielle les hallucinations collectives.

 

C’est vraisemblablement le point le plus étonnant de notre époque où l’on parle d’intelligence artificielle ; de Start up dans le digital.

 

Je pense et suis convaincu que le digital va induire de nouveaux développements économiques et améliorer notre société. Mais seulement en fondant ces développements sur des besoins réels des « consommateurs » qui à la fin sont disposés à payer pour les produits et services proposés.

 

Si nous confondons vision et hallucination nous allons recréer une bulle financière qui ne fera que fragiliser les plus fragiles déjà.

 

Les entreprises du digital sont des entreprises comme les autres qui utilisent une technologie nouvelle. Mais nous devons les passer au crible de méthodes d’analyses et d’évaluations pragmatiques, factuelles, traditionnelles qui ont fait leur preuve.

 

En tant que « banquier » j’ai été, comme tout le monde, fasciné par l’engouement vis-à-vis des crypto monnaies qui étaient tout sauf des monnaies et ont vu beaucoup de braves gens perdre le peu qu’ils avaient.  Encore une hallucination collective qui mériterait un article. Comment peut on imaginer créer des business model sur du vent.

 

Nous avions déjà souligné que les bons banquiers se reconnaissaient à leur capacité à traverser les guerres, les révolutions et les modes.

 

Le digital est à la mode.

 

Les « Dieux » reconnaîtront les leurs.

 

 

 

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